Souveraineté nationale
Par Laurent le dimanche, 14 octobre 2007, 17:53 - Lien permanent
Lorsqu'on passe son temps à pester contre la politique internationale des USA, il vient un moment où l'on doit lever un paradoxe. Pourquoi plaindre les irakiens, alors qu'on s'en fout éperdument des massacres qui déchirent l'Afrique centrale depuis des dizaines d'années ?
La vraie réponse, j'en suis convaincu, est que quand il n'y a un blanc d'aucun des deux côtés du fusil, l'information n'est pas importante. Une milice de noirs qui tue tout un village de noirs là où aucun blanc n'est ni tueur ni tué ni journaliste, ça ne fait jamais autant de bruit qu'une bombe qui explose dans un marché là où des vies de blancs sont en jeux. Mais quand on fait tout un cinéma pour dire que les pauvres irakiens qui souffrent et les pauvres familles qui meurent sous les bombes, c'est pas facile d'avouer que ce qui dérange n'est pas tellement le fait qu'un irakien souffre, mais plutôt le fait que ce soit un blanc qui soit coupable.
Il faut donc lever le paradoxe et expliquer pourquoi certains conflits (par exemple durant 4 ans au Zaïre, on a eut autant de morts par *jour* qu'entre Israël et la Palestine par *an*) laissent indifférents alors que d'autres font descendre la population dans la rue sans avoir recours au principe de «quand un blanc le fait c'est important, quand un arabe ou un noir le fait, c'est pas grave».
La solution est donc finalement d'invoquer le droit à l'autodétermination des peuples. C'est le plus facile. Ça permet de presque tout expliquer (sauf à la limite pourquoi on a accepté que l'ONU massacre les irakiens pendant 12 ans d'embargo) sans même devoir accepter une certaine lâcheté ou admettre son impuissance à faire cesser des massacres d'innocents quand un pays a choisit de s'enfoncer dans une guerre civiles.
Oui mais quid de l'universalité des droits humains ? Un noir opprimé par un noir, c'est bon parce que c'est le choix de l'opprimé d'être opprimé ? C'est lui qui s'autodétermine et qui a décidé qu'il voulait que sa famille soit massacrée pour un conflit entre chefs de guerres qui veulent contrôler les ressources du pays ?
Si un pays A envahit un pays B, alors c'est grave parce que un habitant de B perd sa "liberté", son "droit à l'autodétermination". En effet, c'est pas marrant pour un habitant de B d'être gouverné par l'armée de A. Cela mérite l'attention internationale et peut-être même une intervention armée pour rétablir chacun à l'intérieur de ses frontières. Par contre, si un habitant de A voit sa liberté muselée et sa famille décimée pour cause d'opinions politiques par les forces armées du pays A, alors on ne peut rien. Droit à l'autodétermination des peuples.
Est-ce que le principe d'inviolabilité des frontières est plus important du point de vue humain, moral ou éthique que les principes de droits humains ? Le fait qu'il n'y ait pas de frontières entre le bourreau et la victime rend la chose plus acceptable que si il y en avait ?
Mesdames et Messieurs les anti-américains, trouvez autre chose; non pour justifier vos opinions sur les USA, mais pour justifier vos non-opinions sur le reste du monde.
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