Deux personnages imbuvables
Par Laurent le vendredi, 3 août 2007, 20:48 - Lien permanent
Dans la littérature francophone, deux personnages féminins se distingues par leur détestabilité : Carmen et Hermionne (et qu'y en ait pas une qui pense à l' idiote de HP).
Carmen, bien connue pour être l' héroïne éponyme de l' opéra de Bizet est une femme brutale (elle envoie deux coups de couteau à une de ses collègues dès sa première apparition), hautaine et qui passe son temps à séduire et détruire la vie des hommes qu'elle croise pour se tirer des problèmes où elle va se mettre elle-même, pour les oublier à l'instant même où elle n'en a plus besoin. La seule chose qu'elle fait de bien, c'est de s' amouracher d'un torero qui chante bien 
Carmen est donc parfaitement ce qu'on peut appeler une salope.
Hermionne est moins connue. Il s'agit d'un personnage semi-secondaire dans Andromaque de Racine. L' intrigue se déroule après la guerre de Troie (celle qui a finalement eut lieu). Oreste[1] est en ambassade chez Pyrrhus pour lui demander de tuer Astianx, fils d'Andromaque et successeur au trône de Troie. Bref, Oreste a une mission à remplir auprès de Pyrrhus.
Pas de bol : Pyrrhus est amoureux d' Andromaque, Hermionne est amoureuse de Pyrrhus et Oreste d' Hermionne. Excédée de se voir délaissée par Pyrrhus, Herimonne demande à Oreste de tuer Pyrrhus, et en échange, elle acceptera de partir avec Oreste. Le pauvre Oreste accepte, il tue Pyrrhus (ce qui le met automatiquement au banc de la société grecque). Il est un peu con Oreste, mais c'est un homme hein.
Voici en quels termes Hermionne demande de tuer Pyrrhus
Hermione
Je veux savoir, Seigneur, si vous m'aimez.
Oreste
Si je vous aime? ô dieux! Mes serments, mes parjures, Ma fuite, mon retour, mes respects, mes injures, Mon désespoir, mes yeux de pleurs toujours noyés, Quels témoins croirez-vous, si vous ne les croyez?
Hermione
Vengez-moi, je crois tout.
Je veux qu'à mon départ toute l'Epire pleure. Mais si vous me vengez, vengez-moi dans une heure. Tous vos retardements sont pour moi des refus. Courez au temple. Il faut immoler...
Oreste Qui? Hermione
Pyrrhus.
Oreste
Pyrrhus, Madame!
Hermione
Eh quoi! votre haine chancelle? Ah! courez, et craignez que je ne vous rappelle. N'alléguez point des droits que je veux oublier; Et ce n'est pas à vous à le justifier.
Hermione
Ne vous suffit-il pas que je l'ai condamné? Ne vous suffit-il pas que ma gloire offensée Demande une victime à moi seule adressée; Qu'Hermione est le prix d'un tyran opprimé; Que je le hais; enfin, Seigneur, que je l'aimai? Je ne m'en cache point: l'ingrat m'avait su plaire, Soit qu'ainsi l'ordonnât mon amour ou mon père, N'importe; mais enfin réglez-vous là-dessus. Malgré mes vœux, Seigneur, honteusement déçus, Malgré la juste horreur que son crime me donne, Tant qu'il vivra, craignez que je ne lui pardonne. Doutez jusqu'à sa mort d'un courroux incertain: S'il ne meurt aujourd'hui, je puis l'aimer demain.
Conduisez ou suivez une fureur si belle; Revenez tout couvert du sang de l'infidèle; Allez: en cet état soyez sûr de mon cœur.
Oreste
Mais, Madame, songez...
Hermione
Ah! c'en est trop, Seigneur. Tant de raisonnements offensent ma colère. J'ai voulu vous donner les moyens de me plaire, Rendre Oreste content; mais enfin je vois bien Qu'il veut toujours se plaindre, et ne mériter rien. Partez: allez ailleurs vanter votre constance, Et me laissez ici le soin de ma vengeance. De mes lâches bontés mon courage est confus, Et c'est trop en un jour essuyer de refus. Je m'en vais seule au temple où leur hymen s'apprête, Où vous n'osez aller mériter ma conquête. Là, de mon ennemi je saurai m'approcher, Je percerai le cœur que je n'ai pu toucher, Et mes sanglantes mains, sur moi-même tournées, Aussitôt, malgré lui, joindront nos destinées; Et tout ingrat qu'il est, il me sera plus doux De mourir avec lui que de vivre avec vous.
Oreste
Non, je vous priverai de ce plaisir funeste, Madame: il ne mourra que de la main d'Oreste. Vos ennemis par moi vont vous être immolés, Et vous reconnaîtrez mes soins, si vous voulez. Hermione Allez. De votre sort laissez-moi la conduite, Et que tous vos vaisseaux soient prêts pour notre fuite.
Et voilà comment Hermionne acceuille Oreste qui revient après avoir tué Pyrrhus :
Tais-toi, perfide, Et n'impute qu'à toi ton lâche parricide. Va faire chez tes Grecs admirer ta fureur, Va; je la désavoue, et tu me fais horreur. Barbare, qu'as-tu fait? Avec quelle furie As-tu tranché le cours d'une si belle vie? Avez-vous pu, cruels, l'immoler aujourd'hui, Sans que tout votre sang se soulevât pour lui? Mais parle: de son sort qui t'a rendu l'arbitre? Pourquoi l'assassiner? Qu'a-t-il fait? A quel titre? Qui te l'a dit?
Notes
[1] celui qui a tué sa pétasse de mère, Clytemneste sous les conseils de sa soeur Électre
Commentaires
Tu oublies Chimène...
Chimène est encore gentille. Tout le monde comprends que quand elle va demander vengeance chez le roi c'est purement formel; et elle ne se fait pas prier quand le roi lui dit qu'elle ferait mieux de se calmer.
Et elle au moins, elle va demander justice auprès du roi pour une offense réelle. Elle ne va pas sciement tromper des hommes pour obtenir ce qu'elle cherche sournoisement.
Chimène est fidèle à Rodrigues jusqu'au bout : quand elle croit que Don Sanche l'a tué, son amour éclate.
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Parmi les autres personnages féminins néfastes, on peut encore nommer Pauline dans Polyeucte (Corneille) ou Oenone dans Phèdre (Racine) -- Phèdre étant de bien entendu la plus belle pièce de théâtre classique française, et donc de théâtre français, et donc de théâtre du monde et donc la plus belle pièce littéraire de l'histoire de l'humanité.
Toute l'action d'Oenone est dans ce vers de Phèdre :